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Dans l’atelier de Chris Marker un film de Agnès Varda. 2011, France, 9 min.

Le Cinéma Club présente un beau et rare moment de cinéma où deux amis, qui sont aussi deux grands cinéastes de la Nouvelle Vague, se retrouvent à la fois dans le monde réel et dans un monde virtuel. Agnès Varda rend visite à Chris Marker dans son atelier, quelques années avant sa disparition. Elle y admire son magnifique désordre, promenant sa caméra à la recherche de chaque détail pouvant “révéler la face cachée de l’œuvre de Marker” : un labyrinthe de câbles et d’outils informatiques, des images, souvenirs et références, une collection de magazines et de livres, et bien sûr de chats. Le court documentaire prend alors un merveilleux tournant surréaliste lorsque les deux cinéastes se retrouvent dans le monde virtuel de Second Life.

 

 

Le film a été tourné quand Agnès Varda réalisait sa série Agnès de-ci de-là Varda pour Arte, et la version présentée ici est celle qu’elle a remontée après le décès de son ami. Cette version fut présentée au Festival de Telluride ainsi qu’à la Cinémathèque Française.

 

Ce film est présenté à l’occasion des derniers jours de la première exposition personnelle d’Agnès Varda à New York à la galerie Blum & Poe. L’exposition comporte des œuvres de 1949 à aujourd’hui. On peut y découvrir de magnifiques tirages argentiques montés sur bois datant de la toute première exposition qu’elle avait organisée chez elle, rue Daguerre, où elle vivait avec Jacques Demy. Y sont également présentées des installations plus récentes, à l’image de son poétique Bord de Mer (2009) qui nous transporte, comme par magie, sur une plage.

 

Chris Marker était un homme discret; il préférait laisser parler son œuvre. Il a ainsi créé un format géant de son chat – Guillaume-en-Egypte – pour se cacher derrière. Les deux cinéastes se sont rencontrés en 1954 : Chris Marker était un ami d’Alain Resnais qui montait alors La Pointe Courte, le premier film d’Agnès Varda. C’est parce qu’ils se connaissent depuis si longtemps que Marker laisse Varda s’immiscer avec sa caméra dans son lieu de travail.

 

Il reste cependant timide et doute du projet : “Pourquoi tu filmes ma pagaille ? Tu vas me déshonorer… ” soupire t-il. Varda lui répond, avec son enthousiasme habituel : “Je trouve cela magnifique d’être entouré de ce que l’on fait !” C’est en effet toujours merveilleux de voir le lieu de travail des grands esprits. Marker ne se montre pas dans le film mais on entend sa voix. Et quelle joie de l’écouter nous expliquer, par exemple, à quel point il détestait faire la queue à la FNAC et que désormais, grâce aux fichiers sauvegardés sur son téléphone, il pouvait se distraire en lisant un poème d’Apollinaire ! Varda filme au rythme de son regard, qui saute d’un recoin à un autre de l’atelier. On l’accompagne avec le sentiment d’être là, juste derrière son épaule.

 

“Son intelligence, sa rudesse, sa tendresse, ont été une de mes joies tout au long de notre amitié.” AGNÈS VARDA

 

Agnès Varda, seule femme réalisatrice associée à la Nouvelle Vague, première femme récompensée de la Palme d’Or d’honneur, féminine et féministe, affirme que ce n’est pas le fait d’être une femme qui a pu rendre son travail difficile, mais plutôt son choix de vouloir faire des films radicaux. Agnès Varda est une artiste totale et infatigable, incroyablement active à l’âge de 88 ans. Sa curiosité et son énergie infinies l’ont poussée à réaliser des œuvres sincères, intelligentes et libres — du chef d’œuvre Cléo de 5 à 7  (1962)  à son étonnante installation Patatutopia présentée à la Biennale de Venise en 2003. Comme l’a si bien dit A.O Scott dans son article sur Les Plages d’Agnès (2009) pour le New York Times, Agnès Varda possède “un certain anarchisme de l’esprit, économe et critique, une volonté libératrice de trouver de l’inspiration et de la beauté dans ce qui conventionnellement pourrait être rejeté comme difficile, moche ou commun.”

Crédits pour
DANS L'ATELIER DE CHRIS MARKER
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